Briefe / Mitteilungen

Le chemin sera encore long

DOI: https://doi.org/10.4414/saez.2016.05190
Veröffentlichung: 23.11.2016
Schweiz Ärzteztg. 2016;97(47):0

Dr méd. Pierre Schaefer et 
Dr méd. Béatrice Deslarzes, Vessy/Genève

Le chemin sera encore long

Devenir plus vieux a un aspect très positif tant on est encore une enfant ou un jeune adulte car cette évolution ouvre de nouvelles perspectives et correspond par là à une ­période rassurante, GRANDIR! À cet âge, les éven­­­tuelles blessures qui sont le plus souvent physiques ont un caractère généralement passager, elles guérissent rapidement sans laisser des traces. La personne touchée va même les oublier.

Tout change le jour quand le constat d’être vieux s’installe. La vue baisse, le souffle devient plus court et la raideur matinale nous rappelle les excès de notre jeunesse. Tous ces symptômes n’ont malheureusement que peu de chance de disparaître, ils ne vont même plus jamais nous lâcher et infailliblement s’aggraver avec le temps.

Si certaines personnes sont déjà vieilles avant l’âge, d’autres ont la chance de passer encore pour un bout de chemin entre les gouttes grâce à une plus solide constitution ou grâce à une hygiène de vie plus appropriée. Tôt ou tard, nous nous approchons tous au terme de notre existence. Le sentiment d’être vieux peut s’installer pour les uns brusquement, plus sournoisement pour d’autres. Ce tournant peut se manifester au moment de la ­retraite par crainte de n’être plus personne; une vie sociale riche risque dès lors se transformer en un grand vide. Les multiples petits handicaps qui se sont accumulés deviennent plus difficiles à surmonter et demandent chaque jour plus d’efforts. C’est le moment de faire ses directives anticipées si elles ne sont pas encore rédigées et de s’occuper de son testament et pourquoi pas de s’inscrire à une ­Association EXIT!

Toutes ces réflexions sont dominées par la préparation à une évolution qui pourrait nous échapper et nous empêcher de prendre les bonnes décisions. La perte de discernement peut s’installer lentement, mais pire si cet état nous touche brusquement. Dès cet instant, on n’est plus maître de notre destin! Une telle évolution s’avère fréquente à l’approche du grand âge, dès 80 ans. Personne n’est à l’abri d’un tel processus.

Quelles sont les alternatives?

En Suisse, seulement une personne sur 4 meurt subitement, sans intervention médicale, mais l’autre trois quarts de la popu­lation n’a pas la chance de mourir de cette façon aigue et inattendue.

Une majeure partie de nos congénères préfèrent le cas échéant la route principale qui passera par une dépendance croissante dans un environnement sécurisé qui se terminera par le séjour ultime dans un EMS, sinon à l’hôpital. Malheureusement, malgré les récents renforcements du droit de l’adulte, cette personne sera exposée à une médecine qui a ­encore toute la peine de suivre les directives anticipées et elle va imposer le «meilleur traitement» jusqu’au bout.

Pour éviter ce qui précède, il s’offre aujourd’hui uniquement la décision de partir avant une telle catastrophe. Comment «partir»? Par un suicide assisté avec l’aide d’une Association EXIT. Et encore, la demande doit venir d’une personne suffisamment âgée qui souffre, au moins, de polypathologies invalidantes pour accéder à cette porte de sortie.

Voici, dans quelle direction les conditions ­devraient évoluer:

Dans un premier temps, il faut parvenir à renforcer la valeur des directives anticipées qui ne sont actuellement pas contraignantes, afin qu’elles soient équivalentes à un testament. La suite s’annonce plus délicate: pour accéder à un suicide assisté pour une personne qui a perdu son discernement, il faudrait changer plusieurs lois et même envisager l’introduction de l’euthanasie active directe comme c’est le cas en Belgique et en Hollande. La résistance, même dans les milieux favorables, reste forte: en Hollande, parmi 2200 personnes qui ont explicitement demandé dans leurs directives anticipées l’euthanasie en cas de démence et ayant perdu leur discernement, aucune n’a obtenue sa réalisation. Une dépénalisation devrait rester très encadrée; une surveillance étatique stricte s’avérera certainement nécessaire.

Le chemin sera encore long!

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