Horizonte

En lien avec les démarches «One Health» et «Planetary Health»

La biodiversité: une question avant tout de santé

DOI: https://doi.org/10.4414/saez.2021.20044
Veröffentlichung: 25.08.2021
Schweiz Ärzteztg. 2021;102(34):1108

Jean Martin

Dr méd., membre de la rédaction

Journaliste et réalisatrice française, Marie-Monique Robin s’est fait connaître pour ses recherches sur les pesticides et l’agroécologie. Elle vient de publier un livre remarquable qui ouvre des perspectives majeures en rapport avec la pandémie actuelle.

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Marie-Monique Robin
La Fabrique des ­pandémies.
Préserver la biodiversité, un impératif pour la santé planétaire.
Paris: Ed. La Découverte; 2021

Entre mai et juillet 2020, elle a contacté soixante scientifiques de haut vol des cinq continents, en vue de préciser ce que les données scientifiques avérées permettent de savoir de l’émergence probable de nouvelles pandémies. Le constat est passionnant, éclairant... et inquiétant. Dans le monde entier, des études montrent que la disparition des moyens de subsistance traditionnels de nombreuses populations, l’agriculture industrielle dévastant les territoires encore vierges et l’urbanisation galopante sont étroitement liées aux problèmes actuels. Ces mutations ont accru les contacts et conflits entre humains et espèces animales sauvages, porteuses de centaines de virus. Selon toute probabilité, le Covid-19 est le premier de plusieurs. L’auteure est catégorique: «Si nous ne revoyons pas de toute urgence notre rapport à la nature, nous vivrons dans une ère de confinement chronique» (p. 203).

Elle se réfère notamment aux travaux de Jakob Zinsstag, professeur à l’Institut tropical et de santé publique de Bâle, qui a développé le concept de «One Health». Ce dernier veut considérer ensemble les questions de médecine humaine et vétérinaire [1] – un concept essentiel dans la pandémie actuelle. Est aussi décrit le programme «Planetary Health»[2], qui veut lui aussi une approche holistique des défis actuels. Marie-Monique Robin écrit à ce sujet: «Il est temps que les pouvoirs publics comprennent que la santé humaine dépend de celles des écosystèmes et des animaux» (p. 205).

La notion de «services écosystémiques» a émergé dans les années 2000 suite à une initiative de l’Unesco, comme une stratégie de gestion intégrée des terres, eaux et ressources vivantes. Il s’agit de considérer les bénéfices que les personnes et sociétés obtiennent du bon fonctionnement des écosystèmes. Une réflexion qu’il importe de développer aussi à propos de la pratique médicale et du système de santé, tâche à laquelle par exemple Unisanté, à Lausanne, s’attelle.

Dans un chapitre consacré à «l’effet dilution», il est expliqué que les organismes dangereux ont d’autant moins d’opportunités de déclencher une crise sanitaire s’ils existent dans un biotope largement diversifié (pp. 136–43). C’est un enseignement majeur: bien loin d’être seulement sympathique pour celles et ceux qui aiment la nature, la biodiversité a été – et devrait rester – un facteur majeur de protection et de promotion de la santé. Ceci en opposition à la poursuite des «homogénéisations» délétères et tous azimuts que subit notre planète.

Dans ce sens, on notera le chapitre où l’auteure traite de ce fait maintenant reconnu que la partie de l’humanité qui vit dans des environnements très propres, presque aseptisés, qui manque de contacts avec la nature, la terre et les animaux, développe beaucoup plus d’allergies que les personnes exposées à de tels environnements et activités. «Quelle ironie, nous sommes confrontés à deux menaces: une de pandémies de maladies transmissibles dues à des pathogènes émergents et l’autre faite de maladies non transmissibles liées à la disparition de pathogènes» (p. 205).

Autre élément nouveau: le «paradigme de Stockholm» (pp. 229–35), qui rompt avec la théorie dominante selon laquelle l’association hôte-pathogène est très stable au cours du temps. En réalité, beaucoup d’organismes ont la capacité d’acquérir de nouveaux hôtes rapidement en cas de bouleversements tels que le dérèglement climatique. Ainsi des pathogènes qui étaient initialement des «spécialistes» peuvent devenir des «généralistes» et leur potentiel de dommages s’élargit d’autant.

Les données présentées constituent une mise au point solide sur des réalités éco-biologiques qui sont à l’origine du SARS-CoV-2. On reste songeur en constatant que tant d’élites politiques, économiques, intellectuel­les regardent ailleurs alors que les faits avérés sont là, disponibles pour qui veut bien s’y intéresser.

Korrespondenzadresse

jean.martin[at]saez.ch

Références

1 Jakob Zinsstag et al. One Health: The Theory and Practice of ­Integrated Health Approaches. CABI Books, 2020.

2 Lancet Commission on Planetary Health. The Lancet. Vol. 386, 14 November 2015.

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