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Horizonte

Les femmes ne sont pas malades comme les hommes

DOI: https://doi.org/10.4414/saez.2022.20698
Veröffentlichung: 27.04.2022
Schweiz Ärzteztg. 2022;103(17):575

Jean Martin

Dr méd., membre de la rédaction

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Alyson McGregor
Le sexe de la santé
Toulouse: Editions érès; 2021, 255 pages.
Titre original: Sex Matters. Hachette Book Group, 2020.

Ce livre vise à informer les femmes, à les «capaciter» (empowerment), à les rendre plus actives et plus partenaires dans leurs rapports avec les médecins et le ­personnel soignant – grâce à un constant dialogue virtuel avec les lectrices. D’où le léger malaise du médecin senior qui rédige cette recension: suis-je légitimé à en parler? On m’a demandé de le commenter, le sujet est important et m’intéresse.

Alyson McGregor affirme que «le modèle androcentré est tellement ancré dans nos systèmes de santé et notre conception de la médecine que nous n’avons ­souvent même pas conscience de son existence». Son constat est sans appel: «Les maladies des femmes ne sont pas étudiées comme celles des hommes.» Récemment, les données se sont accumulées quant au fait que, comme une réalité d’ensemble, les femmes sont moins bien écoutées par les thérapeutes et reçoivent en moyenne des soins de pertinence moins bonne que les hommes. De multiples stéréotypes sont en cause. Par exemple parce que «nos protocoles ignorent la façon dont les cardiopathies se présentent chez les femmes». Est discuté aussi le fait que les femmes sont rarement impliquées dans l’évaluation des médicaments. Le sous-titre du livre ne cache pas son drapeau: «Notre médecine centrée sur les hommes met en danger la santé des femmes.»

L’auteure est urgentiste à la Brown University (Rhode Island). Tout en soignant, enseignant et faisant des ­recherches dans son domaine, elle a été amenée à se pencher particulièrement sur les inadéquations, voire erreurs, dans les réponses que le système de santé donne aux situations pathologiques des femmes. Que ce soit en urgence ou sur un mode chronique, en milieu hospitalier ou ambulatoire. Dans chaque section, on trouve la description de cas de patientes qu’elle a rencontrées.

La communication est, on le sait bien, au centre de la relation soigné-soignant. Dans mon travail, dit l’auteure, «le plus difficile – et le plus gratifiant – n’est pas de faire des recherches sur les différences de sexe, c’est d’avoir des conversations fructueuses avec mes patientes et leurs proches».

Divisé en trois parties, l’ouvrage présente d’abord un ­tableau d’ensemble de la médecine «masculine» pré­dominante: comment elle fonctionne en pratique et méconnaît les différences physiologiques des femmes. La deuxième partie examine les particularités et divergences dans six grands domaines: les affections cardio-­vasculaires, la prise et les effets des médicaments, ce que les soignants pensent de la psychologie, voire de l’intuition féminine, la douleur, les aspects biologiques, en particulier hormonaux, les dimensions culturelles et identitaires, y compris raciales. Est présenté le «syndrome de Yentl», nom donné aux biais entraînant des inégalités de prise en charge, de traitement et de suivi entre les hommes et les femmes. Dans la troisième ­partie, l’auteure formule des recommandations aux patientes, proposant une série de questions en vue «d’obtenir des soignants les réponses dont vous avez besoin».

Cet ouvrage bénéficie d’une préface de l’historienne française Muriel Salle, qui présente l’évolution dans laquelle se place le travail de McGregor. Rappelant le mouvement féministe étatsunien des années 1960, avec l’ouvrage précurseur qu’est Our Bodies Ourselves, issu du TheBoston Women’s Health Collective. Elle relève que, comme toujours, les facteurs influençant une situation donnée sont multiples et qu’il faut donc se garder de tout ramener à une seule cause: «Il convient d’être attentif aux différences, pas seulement à celles entre les sexes, et ne pas les imputer de manière systématique à la biologie et au sexe. [Il faut] s’interroger sur leurs origines et leurs conséquences et penser leur dimension culturelle et construite.»

Néanmoins, il reste que les différences objectives, entre les sexes, des problèmes de santé et des soins reçus n’ont pas du tout retenu suffisamment l’attention pendant longtemps. Il importe de faire plus et mieux, dans le contexte large des violences et abus faits aux femmes, grand sujet sociétal et civilisationnel au ­début du XXIe siècle.

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