Briefe / Mitteilungen

L'assistance au suicide fait partie des actes médicaux

DOI: https://doi.org/10.4414/saez.2021.20338
Veröffentlichung: 17.11.2021
Schweiz Ärzteztg. 2021;102(46):1527

Dr Pierre Beck, Petit-Lancy

L’assistance au suicide fait partie des actes médicaux

Lettre concernant: Gilli Y, Bounameaux H. Corps médical et suicide assisté. Bull Med Suisses. 2021;102(44):1436–7.

J’ai lu avec intérêt cet article signé d’Yvonne Gilli et de Henri Bounameaux où est mentionné l’effort de rapprocher ASSM et FMH dans un nouveau sous-chapitre des directives concernant l’assistance au suicide et le rôle du médecin. En attendant de pouvoir lire la nouvelle version, je me permets les remarques suivantes: j’ai travaillé dix années au service des membres d’EXIT-Romandie comme accompagnateur, puis comme médecin prescripteur et enfin comme médecin-conseil d’EXIT pour le canton de Genève. Désormais retraité, je garde un souvenir ému de mon activité au cours de laquelle j’ai pu assister environ deux cents malades capables de discernement et en grande souffrance, parmi lesquels des médecins et même quatre professeurs à la Faculté de médecine, mes maîtres autrefois. Contrairement à ce qu’affirme l’ASSM , je crois que l’assistance au suicide fait partie des actes médicaux: en effet, chaque demande d’assistance au suicide nécessite une ordonnance de pentobarbital (par le médecin-traitant ou le médecin d’EXIT), un rapport médical détaillé concernant les pathologies et les souffrances du patient, souvent complété par un entretien avec le médecin-traitant (par téléphone ou avec sa présence personnelle auprès de son patient le jour de l’auto-délivrance); enfin un médecin-légiste intervient après le décès dans tous les cas. Cela fait pour beaucoup de médecins un acte dont on voudrait faire croire qu’il ne fait pas partie des actes médicaux! Evidemment, je respecte pleinement le droit de chacun de mes confrères à l’objection de conscience. Même situation que l’IVG.

Pour terminer, je suis heureux de penser que j’ai pu aider toutes ces personnes en souffrance (pas nécessairement terminale), préparer leurs proches, leur permettre de mourir chez eux, bien entourées et au moment choisi. Il faut rappeler qu’il y a environ mille suicides non assistés en Suisse chaque année; beaucoup de suicides, s’ils n’avaient pas été assistés, auraient été des morts affreuses par les moyens improvisés dont chacun connaît la violence sociale, les risques d’échec, les souffrances inutilement ajoutées.

On m’objectera la possibilité des soins palliatifs: je respecte totalement cette possibilité et les confrères qui s’y sont spécialisés; toutefois certains malades (particulièrement les cas de maladies neurologiques ou les poly-pathologies liées à l’âge) ne sont pas suffisamment soulagés de leur souffrance (du fait de la durée de la fin de vie) et préfèrent «mourir fièrement après avoir vécu fièrement». J’ose espérer une fin prochaine d’une certaine hypo­crisie – fondée sur une peur insensée de la mort – et qu’un jour chaque humain capable de discernement sera libre de choisir le moment et les moyens de mettre fin à sa vie considérée comme «accomplie», après mûre réflexion et connaissance des alternatives (soins palliatifs, mort naturelle). Ce sera, je l’espère, la fin des querelles byzantines sur le degré de souffrance, le doute sur la capacité du malade à la décrire et celle du médecin de la comprendre.

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